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Afghanistan a envoyé un homme dans l'espace en 1988 : le documentaire qui réhabilite une histoire oubliée

À l'aube de la première de 'Forgotten Spaceman' à Locarno, le réalisateur Elham Ehsas révèle un pan méconnu de l'histoire afghane : l'envoi d'un cosmonaute dans l'espace en 1988. Un documentaire accidentel, une connexion familiale surprenante et une fierté nationale longtemps enfouie.

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journalist·samedi 8 août 2026 à 07:386 min
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Afghanistan a envoyé un homme dans l'espace en 1988 : le documentaire qui réhabilite une histoire oubliée

Et si l'Afghanistan avait envoyé un homme dans l'espace bien avant que le monde ne s'en soucie ? C'est la question que pose Elham Ehsas, acteur-réalisateur londonien, à la veille de la première de son documentaire Forgotten Spaceman au Festival de Locarno. Une révélation qui bouleverse notre perception d'un pays souvent réduit à ses conflits, et qui place soudain sous les projecteurs une histoire de réussite incroyable, restée dans l'ombre pendant des décennies.

Elham Ehsas n'est pas un inconnu dans le monde du cinéma. Acteur talentueux, il s'est fait remarquer dans plusieurs productions internationales, mais c'est la première fois qu'il se glisse derrière la caméra pour un documentaire. Son parcours personnel, marqué par l'exil et la quête d'identité, donne à son travail une profondeur singulière. Né en Afghanistan, il a fui son pays natal encore enfant pour s'installer à Londres, où il a grandi entre deux cultures. Cette double appartenance nourrit son regard de cinéaste, toujours à la recherche de récits capables de réconcilier les mémoires. Avec Forgotten Spaceman, il signe une œuvre intime et universelle, où l'histoire personnelle se mêle à la grande Histoire.

Le documentaire accidentel : quand Elham Ehsas découvre le cosmonaute afghan

Tout commence par un hasard. En travaillant sur un autre projet, Elham Ehsas tombe sur une information qui le laisse pantois : en 1988, un Afghan, Abdul Ahad Momand, a voyagé dans l'espace à bord d'une mission soviétique. Une découverte d'autant plus personnelle que le réalisateur découvre un lien familial insoupçonné avec cet événement historique. « C'est une histoire qui a été enterrée, explique-t-il au Hollywood Reporter. On nous a toujours parlé de l'Afghanistan comme d'un pays de souffrance, mais jamais de ses accomplissements. »

Le documentaire, qualifié d'« accidentel » par son créateur, est né de cette sidération. Pendant des mois, Ehsas a enquêté, recueilli des témoignages, fouillé des archives, pour reconstituer ce chapitre oublié. Le résultat : un film qui mêle archives rares, interviews et réflexions personnelles, et qui redonne à l'Afghanistan une place dans l'histoire spatiale mondiale. À Locarno, où le film sera projeté en première mondiale, l'émotion promet d'être au rendez-vous, tant pour le public que pour le réalisateur.

« Je veux que les gens comprennent que l'Afghanistan a une histoire riche, complexe, et parfois même héroïque », insiste Ehsas. Le film ne se contente pas de raconter un exploit technique ; il explore aussi ce que cet événement représente pour l'identité afghane, et pourquoi il a été si soigneusement occulté. Une plongée dans une mémoire collective que beaucoup préféreraient oublier, mais que le cinéaste entend bien raviver.

Le réalisateur se souvient avoir entendu, enfant, des bribes de cette histoire, sans jamais y croire vraiment. « C'était comme une légende, quelque chose d'incroyable, mais personne n'en parlait sérieusement », confie-t-il. Aujourd'hui, il en fait une œuvre cinématographique, avec l'espoir que les nouvelles générations, afghanes et internationales, découvrent enfin ce chapitre méconnu. Une démarche qui résonne d'autant plus fort à l'heure où l'Afghanistan traverse une nouvelle période sombre.

Le contexte : une histoire enfouie et une fierté nationale à réhabiliter

Pour comprendre l'importance de cette révélation, il faut rappeler le contexte. En 1988, l'Afghanistan est en pleine guerre contre l'Union soviétique, et pourtant, un Afghan s'envole vers les étoiles aux côtés des cosmonautes russes. Une ironie de l'histoire qui n'a pas échappé à Elham Ehsas. « C'est un paradoxe incroyable, souligne-t-il. Pendant que les soldats soviétiques combattaient sur le sol afghan, un Afghan était accueilli en héros dans leur programme spatial. »

Ce paradoxe, le réalisateur l'explore avec une sensibilité rare. Il interroge la notion de héros national, la complexité des relations entre l'Afghanistan et l'URSS, et la manière dont les récits officiels ont effacé cette page d'histoire. Pour les Afghans, et notamment pour la diaspora, ce documentaire est bien plus qu'un film : c'est un acte de réhabilitation. « Nous avons besoin de ces histoires pour nous rappeler qui nous sommes, confie Ehsas. L'Afghanistan ne se résume pas à ses tragédies. »

Le réalisateur, qui a grandi à Londres après avoir fui son pays natal, porte ce projet comme une mission personnelle. Il raconte comment, enfant, il a entendu des bribes de cette histoire, sans jamais y croire vraiment. Aujourd'hui, il en fait une œuvre cinématographique, avec l'espoir que les nouvelles générations, afghanes et internationales, découvrent enfin ce chapitre méconnu. Une démarche qui résonne d'autant plus fort à l'heure où l'Afghanistan traverse une nouvelle période sombre.

Le film met également en lumière le rôle des archives et de la mémoire. Ehsas a dû faire face à de nombreux défis pour retrouver des documents rares, souvent dispersés ou détruits. « Chaque image, chaque témoignage était précieux », explique-t-il. Cette quête de vérité donne au documentaire une dimension presque archéologique, où chaque pièce du puzzle vient éclairer un passé trop longtemps ignoré.

Ce que ça change : un regard neuf sur l'Afghanistan et un cinéaste à suivre

Avec Forgotten Spaceman, Elham Ehsas ne signe pas seulement un documentaire historique ; il pose un acte politique et mémoriel. En redonnant vie à cette histoire, il invite à reconsidérer tout un pays, au-delà des clichés et des préjugés. Pour le public de Locarno, ce sera l'occasion de découvrir un réalisateur audacieux, qui n'hésite pas à bousculer les récits dominants.

Pour l'industrie du cinéma, ce film marque aussi l'émergence d'une voix nouvelle. Elham Ehsas, déjà connu pour ses rôles d'acteur dans des productions internationales, prouve ici sa maîtrise de la mise en scène documentaire. Les festivaliers ne manqueront pas de suivre ses prochains projets, d'autant que le réalisateur confie avoir d'autres histoires « enfouies » à exhumer. « Il y a tant de récits qui attendent d'être racontés, dit-il avec un sourire. L'Afghanistan est une mine d'or pour les cinéastes. »

En attendant, le monde découvrira bientôt que l'Afghanistan a envoyé un homme dans l'espace en 1988. Un fait qui, espérons-le, marquera les esprits et ouvrira la voie à une reconnaissance plus large des accomplissements afghans. Une chose est sûre : après Locarno, on ne regardera plus jamais l'Afghanistan de la même manière. Et c'est exactement ce que souhaite Elham Ehsas, avec une humilité qui force le respect.

Le documentaire s'inscrit dans un mouvement plus large de redécouverte des héros oubliés, et il offre une perspective nouvelle sur un pays trop souvent réduit à ses crises. En redonnant vie à Abdul Ahad Momand, Ehsas rend hommage à tous ceux qui, dans l'ombre, ont contribué à écrire une autre histoire de l'Afghanistan. Une histoire de courage, de science et d'humanité, que le cinéaste espère voir enfin reconnue à sa juste valeur.

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