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Billy Porter réalise un biopic sur James Baldwin : une déclaration d'amour queer et magnétique

Billy Porter passe derrière la caméra pour un film envoûtant sur James Baldwin. Une œuvre sensorielle qui explore l'âme de l'écrivain noir queer, entre errance européenne et quête de soi. Le réalisateur-acteur y insuffle toute sa flamboyance et son engagement.

BL
journalist·lundi 3 août 2026 à 08:007 min
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Billy Porter réalise un biopic sur James Baldwin : une déclaration d'amour queer et magnétique

Il y a des projets qui semblent écrits par le destin. Quand Billy Porter a annoncé vouloir porter à l'écran la vie de James Baldwin, beaucoup ont levé les yeux au ciel. Un biopic de plus, pensaient certains. Mais le résultat est là, et il est tout sauf conventionnel. Dans une critique parue dans Variety, le film intitulé Jimmy est décrit comme une « œuvre d'humeur envoûtante et séduisante » qui traverse l'Europe sur les traces de l'esprit de Baldwin. Et c'est Billy Porter lui-même, l'icône queer à la voix d'or, qui incarne le géant de la littérature. Une double casquette qui n'a rien d'un caprice : c'est une mission personnelle, presque spirituelle.

Billy Porter, né le 21 septembre 1969 à Pittsburgh, en Pennsylvanie, est bien plus qu'un acteur. C'est un artiste complet : chanteur, acteur de théâtre et de télévision, réalisateur, et militant infatigable pour les droits LGBTQ+. Révélé au grand public grâce à la série Pose (2018-2021), où il incarnait la fabuleuse Pray Tell, maître de cérémonie des bals ballroom, Porter a marqué les esprits par son charisme, son extravagance et son talent brut. Avant cela, il avait déjà conquis Broadway, remportant le Tony Award du meilleur acteur dans une comédie musicale en 2013 pour son rôle dans Kinky Boots. Sa voix puissante et émouvante, capable de passer du gospel au rock, a fait de lui une figure incontournable de la scène artistique américaine. Mais Porter est aussi un survivant : il a grandi dans une famille modeste, a été victime de violences sexuelles dans son enfance, et a dû lutter contre les préjugés raciaux et homophobes tout au long de sa carrière. Ces expériences ont forgé sa résilience et son engagement, faisant de lui une voix essentielle dans le combat pour l'égalité.

Billy Porter : « Si ce n'est pas moi, qui ? » — une déclaration qui résonne

Dans une interview accordée au Guardian en 2024, Billy Porter avait posé la question qui tue : « Si ce n'est pas moi, qui ? » Et d'ajouter, avec cette franchise qui le caractérise : « Qui va raconter cette histoire mieux que l'homme noir gay qui l'incarne à notre époque ? » Des mots qui claquent comme un manifeste. Pour lui, James Baldwin n'est pas un simple sujet de film. C'est un miroir tendu à travers les décennies, un frère de lutte, une âme sœur. Porter ne veut pas faire un biopic académique, il veut une rencontre.

James Baldwin, né en 1924 à Harlem, est l'un des écrivains et penseurs les plus influents du XXe siècle. Auteur de romans majeurs comme La Chambre de Giovanni (1956) et d'essais percutants tels que La Prochaine Fois, le feu (1963), il a exploré avec une lucidité rare les questions de race, de sexualité et d'identité. Exilé volontaire en France dès 1948, il a trouvé à Paris une liberté qu'il ne pouvait pas connaître aux États-Unis, mais il n'a jamais cessé de porter un regard critique sur son pays natal. Son œuvre, marquée par une sensibilité et une profondeur psychologique uniques, continue d'inspirer des générations d'artistes et d'activistes. Pour Billy Porter, Baldwin est un modèle absolu, et ce film est une manière de lui rendre hommage tout en affirmant une continuité dans la lutte.

Et c'est exactement ce que livre Jimmy. Selon la critique de Variety, le film ne suit pas une trame biographique classique. Il préfère l'errance, la flânerie, l'atmosphère. On y voit Baldwin déambuler dans les rues de Paris, de Londres, d'Istanbul, cherchant moins à fuir l'Amérique qu'à se trouver lui-même. La caméra de Porter capte la mélancolie, la sensualité, la colère sourde. Une approche audacieuse qui a visiblement séduit les critiques, même si le film n'a pas encore de date de sortie officielle en France.

Un projet intime : le parcours de Billy Porter, de la scène à la réalisation

Pour comprendre ce que ce film représente pour Billy Porter, il faut se souvenir de son propre combat. Révélé au grand public grâce à la série Pose, où il incarnait la fabuleuse Pray Tell, Porter a passé des années à casser les codes d'Hollywood. Lui, l'homme noir, queer, flamboyant, a dû s'imposer dans une industrie qui le voyait comme une anomalie. Alors, quand il parle de Baldwin, ce n'est pas de la théorie. C'est du vécu. Baldwin a fui l'Amérique des années 40 pour trouver sa liberté en Europe. Porter, lui, a dû conquérir une place que personne ne voulait lui donner. Deux trajectoires, une même résonance.

Billy Porter a souvent évoqué dans ses interviews les difficultés rencontrées en tant qu'artiste noir et gay. Dans un monde du spectacle souvent conservateur, il a dû briser des barrières invisibles, imposer son style, sa voix, sa différence. Son mariage avec Adam Smith en 2017 a été un autre moment fort de visibilité, et il n'a jamais hésité à utiliser sa notoriété pour défendre les causes qui lui tiennent à cœur, comme la prévention du VIH ou les droits des personnes trans. Cette expérience intime de la marginalité et de la résistance donne à Jimmy une authenticité rare. Porter ne filme pas Baldwin de l'extérieur ; il le filme de l'intérieur, avec une empathie et une compréhension que seul un pair peut avoir.

La critique de Variety souligne d'ailleurs cette « séduction ondulante » du film, cette manière de capturer l'essence de Baldwin sans jamais tomber dans le piège de l'hagiographie. On sent que Porter a mis beaucoup de lui-même dans chaque plan. Il ne cherche pas à imiter Baldwin, il cherche à le faire revivre, avec ses contradictions, ses désirs, sa rage créatrice. Un parti pris risqué, mais qui semble payer.

Ce que ça change : un nouveau chapitre pour Billy Porter, entre cinéma et activisme

Avec Jimmy, Billy Porter ne se contente pas d'ajouter une ligne à son CV. Il s'affirme comme un réalisateur à part entière, et pas seulement un acteur qui passe derrière la caméra pour se faire plaisir. Le film est déjà présenté comme l'un des plus attendus de la saison des prix, et les rumeurs vont bon train sur une possible sélection à Cannes ou à Venise. Pour ses fans, c'est une nouvelle preuve de son talent polymorphe. Pour la communauté LGBTQ+, c'est un moment de fierté : voir l'un des leurs raconter l'histoire d'un autre géant, sans filtre, sans compromis.

Billy Porter n'en est pas à son premier essai en tant que réalisateur. Il a déjà dirigé des épisodes de séries télévisées, mais Jimmy est son premier long métrage. Ce passage à la réalisation est un aboutissement logique pour un artiste qui a toujours cherché à élargir son champ d'expression. Dans un entretien, il a confié que ce projet était en préparation depuis plusieurs années, et qu'il avait longuement travaillé avec son équipe pour s'imprégner de l'univers de Baldwin. Cette préparation minutieuse se ressent à l'écran, selon la critique de Variety, qui loue la maîtrise formelle du film et sa capacité à créer une ambiance unique.

Reste à savoir quand le public français pourra découvrir ce bijou. Variety évoque une sortie probable en 2027, mais rien n'est encore gravé dans le marbre. En attendant, on se réjouit de voir Billy Porter porter haut les couleurs de la culture queer, avec cette élégance et cette combativité qui le caractérisent. Et on ne peut s'empêcher de penser que, là-haut, James Baldwin doit sourire. Enfin, quelqu'un raconte son histoire avec autant d'amour et de justesse.

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