Le réalisateur Erik Poppe signe l'ouverture du Festival de Haugesund avec 'Beloved', un scénario de Jon Fosse écrit il y a 20 ans. Un projet longtemps resté dans un tiroir, que le Prix Nobel de littérature 2023 a finalement propulsé sur grand écran. Rencontre avec un cinéaste habité par un texte d'une honnêteté rare.
C'est une histoire d'amour avec le cinéma qui dure depuis vingt ans. Erik Poppe, le réalisateur norvégien acclamé pour Utøya, 22 juillet, s'apprête à dévoiler Beloved, le film d'ouverture du Festival international du film norvégien de Haugesund. Mais ce projet n'est pas né d'hier : il est signé Jon Fosse, Prix Nobel de littérature 2023, et il dormait dans un tiroir depuis près de deux décennies. Aujourd'hui, il prend enfin vie sous les projecteurs, porté par une urgence nouvelle. « C'est un projet qui est resté sur mon bureau pendant de très nombreuses années », confie le cinéaste, ému, dans les colonnes de Variety. Une confidence qui en dit long sur la patience des artistes et la magie des rencontres.
La révélation : un texte de 20 ans porté par le Nobel de Jon Fosse
Erik Poppe ne cache pas son émotion lorsqu'il évoque la genèse de Beloved. Le scénario, écrit par Jon Fosse il y a presque vingt ans, a toujours eu une place particulière dans son cœur. « Jon Fosse l'a écrit il y a presque 20 ans », rappelle-t-il. Mais ce n'est qu'après l'attribution du Prix Nobel de littérature à l'auteur norvégien en 2023 que le projet a soudainement pris une nouvelle dimension. Comme si la consécration de l'écrivain avait donné au texte une résonance universelle, une urgence à être porté à l'écran. Le réalisateur, connu pour son engagement et sa sensibilité, a alors su que le moment était venu. « Après qu'il a reçu le Prix Nobel de littérature, cela semblait être le bon moment », explique-t-il, laissant entendre que la reconnaissance internationale de Fosse a agi comme un déclic.
Mais ce qui frappe dans les propos d'Erik Poppe, c'est la raison profonde de cette attente. Ce n'est pas seulement une question de timing : c'est une question de sens. « Les gens aspirent à quelque chose d'honnête et de vrai », affirme-t-il, comme pour justifier que Beloved n'aurait pas pu sortir plus tôt. Dans un monde saturé d'images et de bruit, ce film semble arriver comme une réponse à un besoin collectif d'authenticité. Une déclaration qui résonne particulièrement dans le contexte actuel, où le public cherche des œuvres qui touchent à l'essentiel.
Le contexte : Erik Poppe et Jon Fosse, une rencontre artistique hors du temps
Erik Poppe n'est pas un inconnu pour le public français. Avec Utøya, 22 juillet, il avait déjà marqué les esprits par sa mise en scène immersive et bouleversante d'un fait divers tragique. Mais avec Beloved, il change de registre : il s'agit d'une adaptation d'un texte de Jon Fosse, figure majeure de la littérature contemporaine, connu pour son style minimaliste et sa profondeur philosophique. Le duo formé par le cinéaste et l'écrivain, tous deux norvégiens, semble naturel : ils partagent une même exigence artistique, une même recherche de vérité.
Le fait que le scénario ait été écrit avant la consécration de Fosse ajoute une dimension presque prophétique à l'histoire. Pendant vingt ans, ce texte a mûri, attendant son heure. Erik Poppe, lui, n'a jamais cessé d'y penser. « C'est un projet qui a été sur mon bureau pendant de très nombreuses années », répète-t-il, comme pour souligner l'importance de la patience dans un métier où l'on court souvent après le temps. Cette lenteur, cette maturation, sont peut-être ce qui donne à Beloved cette qualité rare : celle d'une œuvre qui a eu le temps de se décanter, de s'imprégner de la vie de ses créateurs.
Ce que ça change : un film qui répond à un besoin d'authenticité
Avec Beloved, Erik Poppe ne propose pas seulement un film : il propose une expérience. « Les gens aspirent à quelque chose d'honnête et de vrai », dit-il, et c'est exactement ce que semble promettre ce projet. Dans une époque où les écrans nous submergent de contenus formatés, où les blockbusters se ressemblent tous, ce film norvégien, porté par un Prix Nobel, apparaît comme une bouffée d'air frais. Il ne s'agit pas seulement de divertir, mais de toucher, de questionner, de faire résonner quelque chose de profond chez le spectateur.
Pour Erik Poppe, cette ouverture à Haugesund est un symbole fort. Le festival norvégien, qui célèbre le cinéma nordique, est le cadre idéal pour lancer un film aussi intime et universel. Et puis, il y a cette fierté nationale : voir un texte de Jon Fosse, Prix Nobel, adapté par l'un des plus grands réalisateurs du pays, c'est une consécration pour le cinéma norvégien tout entier. Les spectateurs de Haugesund auront donc la primeur de cette œuvre, avant qu'elle ne parte à la conquête du monde, portée par la renommée de ses auteurs.
Alors, que nous réserve Beloved ? Erik Poppe reste discret sur le contenu, mais ses mots suffisent à éveiller notre curiosité. « Les gens aspirent à quelque chose d'honnête et de vrai » : cette phrase, presque une profession de foi, donne le ton. On imagine un film épuré, intense, où chaque silence pèse, où chaque regard en dit long. Un film qui, à l'image de son auteur, refuse les artifices pour aller droit au cœur. Et si c'était exactement ce dont nous avons besoin en cette rentrée ?
En attendant la sortie en salles, les festivaliers de Haugesund auront la chance de découvrir cette pépite en avant-première. Et nous, simples spectateurs, on retient une chose : parfois, les plus belles histoires sont celles qui prennent leur temps. Après vingt ans d'attente, Beloved s'annonce comme un moment de cinéma rare, à la hauteur des espoirs placés en lui. Une chose est sûre : on a hâte de le voir.
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