Le réalisateur de 'How To' dévoile les difficultés de financement, les rencontres inattendues – de gum busters à Kim Kardashian – et sa critique du monde documentaire, tout en célébrant la naissance d'un film qui a failli rester enfoui sous le béton.
John Wilson, le créateur de la série culte HBO How To, vient de dévoiler les dessous de son nouveau documentaire The History of Concrete. Entre les chantiers de Las Vegas, les ruines italiennes et les salles de réunion Zoom où il supplie des producteurs hollywoodiens, le réalisateur raconte comment un titre aussi solide que le béton a failli ne jamais voir le jour. « I genuinely did want to make the definitive movie about concrete », confie‑t-il à Variety, tout en admettant que convaincre les financiers était « as hard as concrete ». Le film, désormais projeté dans les salles, n’est pas seulement une leçon d’architecture, c’est aussi un témoignage poignant des rencontres humaines qui ont émergé des fissures du projet.
John Wilson : la lutte pour financer "The History of Concrete"
Wilson décrit les Zoom‑meetings où il présentait son projet à des cadres de Hollywood, leurs soupirs lourds résonnant comme des coups de marteau sur du béton. « People are focused on retelling stories that have already happened », explique‑t‑il, soulignant que le titre même suscite le rire avant même que le film ne commence. Il a dû justifier un budget comparable à celui d’un documentaire Netflix, en le calibrant sur les coûts de How To, sans jamais pouvoir masquer la difficulté de vendre une histoire sur un matériau inanimé.
Le réalisateur raconte que chaque demande de financement était accompagnée d’une question tacite : « Who wants to watch a movie called ‘The History of Concrete’? » Cette interrogation a poussé Wilson à intégrer, à mi‑parcours, une dimension méta‑narrative, transformant le film en une leçon sur la production documentaire elle‑même. Il a ainsi pu montrer aux futurs cinéastes les rouages souvent invisibles du financement, un sujet qui, selon lui, reste un mystère depuis son enfance.
Finalement, grâce à la persévérance de son équipe et à la confiance de Magnolia Pictures, le projet a franchi la barrière du financement. Wilson décrit ce moment comme « a miracle that this film exists and is being released as is », une phrase qui résume le soulagement d’avoir vu son rêve se concrétiser malgré les doutes et les refus répétés.
John Wilson : les personnages inattendus qui ont peuplé le film
Au fil de ses voyages, Wilson a croisé des personnages aussi variés que surprenants : un « gum buster » professionnel qui répare les fissures du quotidien, un musicien local en deuil qui a offert une bande‑son authentique, et même une scène mémorable avec Kim Kardashian lors d’un dîner GQ où Dwyane Wade portait un toast. Wilson raconte que la présence de Kardashian n’était pas prévue : « I had never seen an uninterrupted shot of Kim Kardashian before », confie‑t‑il, soulignant le caractère rare et légèrement inconfortable de la capture.
Le réalisateur précise qu’il n’a eu aucune interaction directe avec la star, mais que la simple capture de son regard dans la caméra a suffi à créer une tension dramatique. Cette séquence, filmée sans musique, laisse le spectateur ressentir l’étrangeté d’une soirée de célébrités, tout en conservant l’authenticité du moment. Wilson a également ajouté Tim Robinson à la fin du plan, une décision prise après les projections internes où le gag a suscité le plus de rires.
Ces rencontres humaines, loin du béton, donnent au documentaire son cœur. Wilson décrit le musicien Jack, rencontré « at a liquor store right next to my house », comme le personnage le plus doux au milieu d’un univers de surfaces dures. Cette proximité quotidienne a permis au réalisateur de garder une distance journalistique tout en restant empathique, créant ainsi un équilibre entre observation et intimité.
John Wilson : ce que le documentaire révèle sur le monde du cinéma documentaire
Au-delà du sujet du béton, Wilson utilise le film pour critiquer le paysage actuel du documentaire. Il estime que les producteurs privilégient les récits déjà racontés, souvent violents ou sensationnels, au détriment de projets plus originaux. « People are focused on retelling stories that have already happened », répète‑t‑il, soulignant le manque d’imagination qui freine l’innovation artistique. Le réalisateur a donc choisi de faire de son propre processus de création le fil conducteur du film, offrant aux spectateurs un aperçu rare des négociations, des doutes et des compromis.
Le format long‑métrage a également offert à Wilson une liberté que la série télévisée ne pouvait pas toujours accorder. Il a pu suivre un marathon de 3 100 miles pendant plusieurs mois, ainsi que le personnage central pendant un an et demi, ce qui aurait été impossible dans un épisode de How To. Cette élasticité narrative a permis d’explorer le thème du béton sous un angle à la fois technique et poétique, comme le montre la scène où son ombre disparaît dans le trottoir sous un éclairage changeant.
Depuis sa sortie, le film a été présenté à Sundance et a reçu des réactions enthousiastes, confirmant que le pari audacieux de Wilson a payé. Il conclut en rappelant que « it’s a miracle that this film exists and is being released as is », une phrase qui résume à la fois le soulagement et la fierté d’avoir surmonté les obstacles du financement, de la production et de la distribution pour offrir un documentaire qui, comme le béton, laisse une empreinte durable.
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