Le réalisateur italien a fait le déplacement au Festival de Locarno pour soutenir le premier film de son ancien assistant, Giovanni Tortorici. Il dénonce un paysage cinématographique italien 'stérile' et met en lumière un casting incluant Monica Bellucci.
Il est des déclarations qui font l'effet d'une bombe dans le landerneau du cinéma. Luca Guadagnino, le réalisateur oscarisé de Call Me by Your Name et Suspiria, n'a pas mâché ses mots lors de son passage au Festival de Locarno. Le cinéaste italien est venu présenter Ketticè, le second long-métrage de son ancien assistant, Giovanni Tortorici, un drame initiatique qui braque les projecteurs sur une jeunesse délaissée par les adultes et le système éducatif. Mais ce qui a vraiment fait vibrer la salle, c'est son réquisitoire contre l'industrie cinématographique italienne, qu'il qualifie sans détour de « stérile ». Une prise de parole rare et fracassante, qui a immédiatement enflammé les réseaux sociaux.
Luca Guadagnino, né à Palerme en 1971, est une figure incontournable du cinéma mondial. Révélé par I Am Love (2009) avec Tilda Swinton, il a conquis la critique et le public avec Call Me by Your Name (2017), qui lui a valu l'Oscar du meilleur scénario adapté. Son style visuel sensuel et sa direction d'acteurs subtile ont fait de lui un auteur respecté, tant en Europe qu'à Hollywood. Ses collaborations avec des acteurs comme Timothée Chalamet, Dakota Johnson ou encore Ralph Fiennes ont marqué les esprits. Récemment, il a enchaîné les projets ambitieux, de Suspiria (2018) à Bones and All (2022), prouvant sa polyvalence et son audace. Sa vie personnelle, bien que discrète, est souvent évoquée dans la presse people : il partage sa vie entre l'Italie et les États-Unis, et son amour pour la mode et l'architecture est bien connu. Mais c'est son engagement pour les jeunes cinéastes qui fait aujourd'hui parler de lui.
Luca Guadagnino s'engage pour son ex-assistant : « Ketticè » ou la révolte d'un mentor
Si Luca Guadagnino a accepté de produire Ketticè, ce n'est pas un hasard. C'est avec une fierté palpable qu'il a évoqué son ancien assistant, Giovanni Tortorici, venu présenter son œuvre en compétition au prestigieux festival suisse. Pour le réalisateur, ce film est bien plus qu'un simple projet : c'est un cri du cœur, une plongée brute et poignante dans le quotidien de jeunes gens abandonnés à leur sort par une école défaillante et des adultes indifférents. « Le système les a laissés tomber », a-t-il laissé entendre, soulignant l'urgence de donner la parole à cette génération en perte de repères. La présence de Monica Bellucci au casting apporte une touche de glamour et de mystère à cette œuvre déjà très attendue. Mais c'est la sortie de Luca Guadagnino contre le cinéma italien qui a créé l'événement. En qualifiant le paysage cinématographique de son pays de « stérile », il a brisé un tabou et relancé un débat brûlant sur la créativité et le soutien aux jeunes talents dans la Botte. Une déclaration qui a d'autant plus de poids que le réalisateur est une figure respectée et admirée, tant en Italie qu'à Hollywood.
Giovanni Tortorici, de son côté, n'est pas un inconnu pour les cinéphiles avertis. Ayant travaillé comme assistant sur plusieurs productions de Guadagnino, il a appris les ficelles du métier au contact d'un maître exigeant. Son premier long-métrage, déjà remarqué dans les festivals, avait montré un réel talent pour capturer les nuances de la vie ordinaire. Avec Ketticè, il confirme et amplifie cette singularité. Le film, dont le titre évoque un dialecte sicilien, semble puiser dans ses propres souvenirs d'adolescence. Les premières images dévoilées à Locarno montrent une photographie soignée, des plans séquences contemplatifs et une bande-son envoûtante. Les critiques présents ont salué une mise en scène mature, portée par un casting impeccable. Monica Bellucci, en particulier, impressionne dans un rôle de femme mystérieuse qui croise la route des jeunes protagonistes. Sa présence, à la fois solaire et énigmatique, apporte une dimension supplémentaire au récit.
Luca Guadagnino et Giovanni Tortorici : une histoire de transmission et de rébellion
Pour bien comprendre l'impact de cette prise de parole, il faut se pencher sur la relation unique qui unit Luca Guadagnino à Giovanni Tortorici. Ce dernier a longtemps été l'assistant du maître, apprenant les ficelles du métier à ses côtés. Aujourd'hui, c'est lui qui passe derrière la caméra, et son mentor ne pourrait être plus fier. En produisant Ketticè, Luca Guadagnino ne se contente pas de soutenir un ami : il affirme sa vision d'un cinéma vivant, audacieux, qui ose bousculer les conventions. Le film, dont l'histoire se déroule dans une Italie contemporaine en crise, met en scène des adolescents livrés à eux-mêmes, cherchant leur voie dans un monde qui ne leur offre aucune perspective. Un sujet universel, traité avec une sensibilité rare, qui n'a pas manqué d'émouvoir le public de Locarno. Les premiers retours sont enthousiastes, et beaucoup voient déjà en Giovanni Tortorici l'un des nouveaux espoirs du cinéma italien. Quant à Luca Guadagnino, son engagement ne s'arrête pas là. En dénonçant la « stérilité » du cinéma de son pays, il lance un appel vibrant à ses confrères : il est temps de prendre des risques, de soutenir la nouvelle génération et de redonner au cinéma italien ses lettres de noblesse. Une prise de position qui pourrait bien faire des vagues bien au-delà des rives du lac Majeur.
Cette histoire de transmission est d'autant plus émouvante que le cinéma italien traverse une période complexe. Si des réalisateurs comme Paolo Sorrentino ou Alice Rohrwacher continuent de briller à l'international, la production nationale est souvent critiquée pour son conservatisme et sa difficulté à renouveler ses talents. Luca Guadagnino, qui a toujours navigué entre les cultures, incarne cette ouverture nécessaire. En s'engageant personnellement dans la production de Ketticè, il envoie un signal fort : les jeunes cinéastes italiens ont besoin de mentors et de producteurs audacieux pour émerger. Il a d'ailleurs souligné dans son discours l'importance de la « transmission » et de la « confiance » dans le processus créatif. Ces valeurs, il les a appliquées avec Tortorici, mais aussi avec d'autres jeunes talents qu'il a soutenus à travers sa société de production, Frenesy Film. Cette structure, fondée en 2004, a déjà permis de lancer plusieurs carrières prometteuses.
Luca Guadagnino et « Ketticè » : un tournant pour le cinéma italien ?
Reste à savoir si cette sortie médiatique aura un impact durable sur l'industrie. Une chose est sûre : en choisissant de mettre en lumière Ketticè dans le cadre prestigieux de Locarno, Luca Guadagnino a offert une vitrine inespérée à son protégé. Le film, qui devrait sortir dans les salles françaises dans les prochains mois, est déjà attendu comme l'un des événements de l'année. Les amateurs de cinéma d'auteur se réjouissent de découvrir le travail de ce nouveau réalisateur, tandis que les fans de Monica Bellucci seront ravis de la voir évoluer dans un registre plus intimiste. Pour Luca Guadagnino, cette aventure est aussi l'occasion de rappeler son attachement à ses racines italiennes, lui qui partage désormais sa vie entre l'Italie et les États-Unis. En prenant publiquement position contre la frilosité de l'industrie, il se pose en défenseur d'un cinéma libre et exigeant. Une posture qui lui va à merveille et qui pourrait bien inspirer d'autres grands noms du septième art. En attendant, tous les regards sont tournés vers Giovanni Tortorici, dont la carrière est désormais lancée. Et c'est peut-être ça, la plus belle des revanches : prouver que le talent finit toujours par triompher, même dans un paysage « stérile ». Une leçon d'espoir et de passion, signée Luca Guadagnino.
Au-delà de la polémique, c'est toute une génération de cinéastes qui se sent concernée. Les réseaux sociaux se sont enflammés, avec des hashtags comme #Kettice ou #Guadagnino, et de nombreux jeunes réalisateurs italiens ont salué son courage. Certains ont même appelé à une refonte des politiques culturelles du pays, trop souvent axées sur des productions commerciales. Luca Guadagnino, lui, est déjà passé à autre chose : il prépare actuellement plusieurs projets, dont une adaptation très attendue d'un roman contemporain. Mais il n'oublie pas pour autant son rôle de passeur. En marge du festival, il a rencontré de jeunes étudiants en cinéma, leur prodiguant des conseils précieux et les encourageant à persévérer. Un geste qui en dit long sur sa générosité et son amour du métier. Finalement, Ketticè n'est pas seulement un film, c'est un manifeste. Un manifeste pour un cinéma plus humain, plus proche de la réalité, et plus audacieux. Et si la sortie de ce film marquait le début d'une nouvelle ère pour le cinéma italien ? Seul l'avenir nous le dira, mais une chose est certaine : avec des mentors comme Luca Guadagnino, les jeunes talents ont de quoi rêver.
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