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Mohanad Yaqubi rend hommage à Jocelyne Saab dans un film d'archives bouleversant

Le cinéaste palestinien Mohanad Yaqubi présente à Locarno un film d'archives dédié à la pionnière libanaise Jocelyne Saab. Il évoque une résonance frappante entre ses images historiques et notre époque contemporaine.

BL
journalist·jeudi 6 août 2026 à 09:256 min
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Mohanad Yaqubi rend hommage à Jocelyne Saab dans un film d'archives bouleversant

Il y a des rencontres qui marquent une vie, et celle de Mohanad Yaqubi avec les images de Jocelyne Saab en est une. Le cinéaste palestinien, connu pour son engagement et sa passion pour les archives, a présenté au Festival de Locarno un film d'archives intitulé Revolutionaries Never Die, un hommage vibrant à la réalisatrice libanaise pionnière. Dans une interview accordée au Hollywood Reporter, il confie : « Il y a une résonance frappante entre ses représentations historiques et nos réalités contemporaines. » Une déclaration qui donne le ton d'un projet à la fois intime et universel.

Mohanad Yaqubi, né en 1981 à Kufr Qaddoum en Palestine, est une figure montante du cinéma documentaire et expérimental. Il a cofondé le collectif "Subversive Films" et a notamment réalisé des œuvres comme Off Frame AKA Revolution Until Victory (2016) et The Roots (2020). Son travail explore les liens entre l'histoire, la mémoire et l'image, souvent à travers des archives. Il est également professeur et conférencier, partageant son expertise dans des universités et des festivals à travers le monde. Sa démarche artistique est profondément politique, ancrée dans la réalité palestinienne et les luttes de libération.

Le projet : une plongée dans les archives de Jocelyne Saab

Mohanad Yaqubi, qui a consacré une grande partie de sa carrière à la préservation et à la réinterprétation d'images d'archives, s'est attaqué ici à un matériau précieux : les films de Jocelyne Saab. Cette dernière, figure emblématique du cinéma libanais, a documenté les conflits et les espoirs de son pays avec une acuité rare. Le projet, présenté en première mondiale à Locarno, propose une relecture de ses œuvres à travers un prisme contemporain. Pour Yaqubi, il ne s'agit pas simplement de restaurer des images, mais de leur redonner vie et de les confronter à notre présent.

Le cinéaste explique que les images de Saab, tournées dans les années 1970 et 1980, résonnent étrangement avec les événements actuels au Moyen-Orient. « En travaillant sur ces archives, j'ai été frappé par leur actualité. Les mêmes questions se posent, les mêmes douleurs persistent », a-t-il déclaré. Cette dimension presque prophétique donne au film une intensité particulière, transformant l'hommage en véritable dialogue entre les époques.

Le processus de création a été long et méticuleux. Yaqubi a passé des mois à visionner des heures de rushes, à sélectionner les séquences les plus parlantes, et à les monter avec une bande-son originale. Il a également collaboré avec des restaurateurs pour nettoyer et numériser les bobines, certaines étant endommagées par le temps. Ce travail de fourmi a permis de sauver des images précieuses, témoins d'une époque révolue mais toujours vivante.

Le contexte : un hommage à une pionnière du cinéma libanais

Jocelyne Saab, décédée en 2019, a laissé une empreinte indélébile dans le paysage cinématographique. Première femme réalisatrice libanaise à avoir tourné au Liban en 1974, elle a bravé les dangers de la guerre civile pour filmer son pays et sa région. Ses documentaires, souvent engagés, ont capturé l'âme d'un peuple en lutte. Parmi ses œuvres les plus célèbres, on compte Une vie suspendue (1985) et Khadija (1989), qui ont été salués par la critique. Elle a également été journaliste et correspondante de guerre, rapportant des images fortes depuis les zones de conflit.

Mohanad Yaqubi, en s'emparant de son héritage, rend un hommage appuyé à cette visionnaire. « Elle a ouvert la voie à tant de cinéastes, et son travail mérite d'être redécouvert », souligne-t-il. Le choix de Locarno pour cette première n'est pas anodin. Le festival, connu pour son audace et sa découverte de talents, offre une vitrine idéale pour un film aussi singulier. Yaqubi, qui a déjà présenté plusieurs de ses œuvres dans des festivals internationaux, voit dans cette projection une occasion unique de faire connaître le travail de Saab à un public plus large. « C'est un devoir de mémoire, mais aussi un acte de résistance », confie-t-il.

Le festival de Locarno, qui se tient chaque année en août dans la ville suisse éponyme, est réputé pour sa programmation exigeante et son atmosphère intimiste. En choisissant ce cadre, Yaqubi s'inscrit dans une tradition de cinéastes engagés qui y ont présenté leurs œuvres, comme Jean-Luc Godard ou Abbas Kiarostami. La projection de Revolutionaries Never Die a d'ailleurs eu lieu en plein air, sur la célèbre Piazza Grande, devant un public de plusieurs milliers de personnes.

Ce que ça change : un regard neuf sur notre époque

Avec Revolutionaries Never Die, Mohanad Yaqubi ne se contente pas de revisiter le passé ; il offre une clé de lecture pour comprendre notre présent. En confrontant les images de Saab à notre réalité, il crée un choc salutaire. Le public de Locarno, conquis, a déjà salué la puissance émotionnelle du film. Selon les premières réactions, le travail de Yaqubi parvient à capturer l'essence d'une époque tout en posant un regard lucide sur la nôtre.

Pour le cinéaste palestinien, ce projet est aussi une manière de poursuivre son propre combat. À travers les archives, il explore les thèmes de la mémoire, de l'exil et de la résistance. « Nous sommes les héritiers de ces images, et nous devons les transmettre », affirme-t-il. Une philosophie qui résonne profondément dans un monde où les images sont souvent éphémères.

Le film a également suscité des réactions lors de sa projection à Locarno. Plusieurs critiques ont noté la pertinence politique de l'œuvre, la comparant à d'autres documentaires d'archives récents comme I Didn't See It Coming ou They Don't Die. Certains ont souligné la beauté plastique des images de Saab, magnifiées par le montage de Yaqubi. D'autres ont insisté sur la nécessité de préserver ces archives, alors que les conflits au Moyen-Orient continuent de faire rage.

Alors que le film entame sa carrière en festival, on peut s'attendre à ce qu'il suscite des débats passionnés et des projections dans le monde entier. Pour Mohanad Yaqubi, cette aventure est loin d'être terminée. « C'est un début, une conversation que nous ouvrons avec le passé et l'avenir », conclut-il avec une pointe d'émotion. Une chose est sûre : grâce à lui, Jocelyne Saab continue de vivre, et ses images n'ont pas fini de nous parler.

En attendant, le public français pourra peut-être découvrir le film lors de prochaines manifestations, comme les Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal ou le Festival du Film de Beyrouth. Les amateurs de cinéma d'archives et d'histoire contemporaine y trouveront une matière riche et stimulante. Quant à Yaqubi, il planche déjà sur de nouveaux projets, toujours animé par la même passion : faire dialoguer les images du passé avec les urgences du présent.

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