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Paramount a dû sacrifier des classiques du cinéma pour que Bruxelles valide son alliance avec Warner

Pour obtenir le feu vert de la Commission européenne sur son rapprochement avec Warner Bros., Paramount a accepté de céder les droits de distribution de centaines de films cultes. Une décision déchirante qui pourrait redessiner le paysage du cinéma en Europe.

NP
journalist·jeudi 30 juillet 2026 à 07:176 min
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Paramount a dû sacrifier des classiques du cinéma pour que Bruxelles valide son alliance avec Warner

Le monde du cinéma retient son souffle. Alors que Paramount et Warner Bros. scellent une alliance historique, c'est un pan entier de l'histoire du 7e art qui se joue en coulisses. Pour obtenir l'aval de Bruxelles, Paramount a dû faire un sacrifice douloureux : renoncer à la distribution de centaines de films cultes en Europe. Une décision qui, selon les experts, pourrait bouleverser l'équilibre déjà fragile des salles obscures sur le Vieux Continent.

Le deal qui change tout : Paramount cède des trésors du cinéma

Selon Deadline, c'est le prix à payer pour que la Commission européenne donne son feu vert à la création d'une coentreprise entre Paramount Global et Warner Bros. Discovery. L'accord, annoncé en grande pompe, prévoit la fusion des activités de distribution en Europe des deux géants. Mais pour éviter une position dominante jugée trop écrasante, Paramount a dû se séparer des droits de distribution de nombreux films de son catalogue historique. Des titres qui ont fait la légende du cinéma, des classiques indémodables aux chefs-d'œuvre plus récents, vont ainsi changer de mains. Une véritable saignée dans le patrimoine cinématographique que la major américaine possédait depuis des décennies.

L'information, confirmée par des sources proches du dossier, précise que ce sont principalement les droits de distribution en salles et en vidéo qui sont concernés. Les plateformes de streaming, elles, ne sont pas affectées par cette décision. Mais pour les exploitants de salles européens, c'est un coup dur. Beaucoup craignent que cette perte de catalogue n'affaiblisse encore un peu plus leur capacité à programmer des films qui attirent le public, face à la puissance des nouveaux mastodontes du streaming.

Les réactions des professionnels : entre inquiétude et résignation

Dans les couloirs des festivals et des salles de cinéma, l'inquiétude est palpable. Kenneth Jønsson, manager des ventes chez United International Pictures, a d'ailleurs résumé le sentiment général avec une lucidité qui en dit long : “Le cinéma a peut-être atteint son apogée”, a-t-il confié à propos de l'arrivée de L'Odyssée de Christopher Nolan en Norvège. “Croyez-moi, c'est un film pour les âges, et un énorme rappel de la chance que nous avons de travailler avec des films et des cinéastes comme celui-ci.” Un aveu qui sonne comme un avertissement : si même les professionnels du secteur doutent de l'avenir du cinéma en salles, c'est que la situation est grave.

Les associations de défense du cinéma d'art et d'essai, elles, montent déjà au créneau. Elles dénoncent une décision prise sans considération pour la diversité culturelle et la préservation du patrimoine. De leur côté, les dirigeants de Paramount et Warner se veulent rassurants, promettant que l'accord profitera in fine aux spectateurs européens. Mais pour l'instant, ce sont surtout les doutes qui dominent.

Le contexte plus large : l'avenir du cinéma en Europe

Ce sacrifice de Paramount est-il un mal nécessaire pour sauver le cinéma en salles ? Ou au contraire, va-t-il accélérer sa disparition ? Les avis divergent. Ce qui est certain, c'est que ce rapprochement entre deux majors américaines marque un tournant. La Commission européenne, en imposant ces conditions, a voulu montrer qu'elle veillait à la concurrence. Mais en fragilisant un peu plus l'exploitation traditionnelle, elle risque d'avoir involontairement favorisé les plateformes de streaming, grandes gagnantes de cette affaire.

Pour les stars et les grands noms du cinéma, comme Christopher Nolan dont L'Odyssée sort dans les salles, l'enjeu est existentiel. Comme le souligne Kenneth Jønsson, des films comme celui-ci sont “un énorme rappel de la chance que nous avons de travailler avec des films et des cinéastes comme celui-ci.” Mais combien de temps encore pourra-t-on vivre cette magie sur grand écran ? L'avenir du cinéma européen se joue peut-être maintenant, dans les coulisses de ce deal qui a tout d'un sacrifice.

Pour comprendre l'ampleur de ce bouleversement, il faut revenir sur le parcours de Christopher Nolan, réalisateur de L'Odyssée. Né à Londres en 1970, Nolan s'est imposé comme l'un des cinéastes les plus influents de sa génération, avec des films comme Inception, Interstellar et la trilogie The Dark Knight. Son amour pour le format IMAX et son insistance sur l'expérience en salle en ont fait un défenseur acharné du cinéma traditionnel. L'Odyssée, adaptation du poème d'Homère, est l'un de ses projets les plus ambitieux, tourné en grande partie en Sicile et en Grèce. Le film, dont la sortie est prévue pour l'été 2026, est attendu comme un événement mondial. Mais dans le contexte de ce deal, sa sortie en Europe pourrait être affectée par les changements de distribution, même si Paramount et Warner assurent que les films majeurs comme celui-ci ne seront pas perturbés.

Du côté des exploitants, l'inquiétude grandit. En France, pays où la fréquentation des salles a chuté de 15% en 2025 par rapport à 2019, la perte de centaines de titres du catalogue Paramount pourrait réduire encore l'offre de films capables d'attirer un large public. Les petits cinémas, déjà fragilisés par la concurrence des plateformes, risquent de voir leur programmation s'appauvrir. Certains craignent que ce soit le début d'une spirale infernale : moins de films attractifs, moins de spectateurs, et donc moins de recettes pour investir dans des salles de qualité.

En Allemagne, où le marché du cinéma est en pleine mutation, les réactions sont tout aussi vives. Les associations de cinéphiles appellent à des manifestations et à des pétitions pour exiger que Bruxelles revoie sa décision. Mais la Commission européenne, de son côté, estime avoir agi dans l'intérêt de la concurrence. Dans un communiqué, elle a souligné que l'accord, bien que contraignant, permettait de maintenir un équilibre entre les acteurs du marché et d'éviter une situation de monopole. Reste à savoir si cette décision ne fera pas plus de mal que de bien.

En attendant, les regards se tournent vers les prochains mois. La sortie de L'Odyssée sera un test décisif pour mesurer la capacité des salles à attirer le public dans ce nouveau paysage. Si le film de Nolan, comme l'espère Kenneth Jønsson, parvient à remplir les salles, il prouvera que le cinéma a encore de beaux jours devant lui. Dans le cas contraire, les craintes d'un déclin irréversible se confirmeraient. Une chose est sûre : le monde du cinéma européen vit une période charnière, et ce deal entre Paramount et Warner en est le symbole le plus frappant.

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