Quand Takashi Miike a annoncé son nouveau projet, l’excitation était palpable : revisiter le culte du néo‑noir d’Abel Ferrara, Bad Lieutenant, en le transposant dans les ruelles sombres de Tokyo. Les fans imaginaient déjà les néons, le yakuza et la tension dramatique à la japonaise. Mais dès les premières minutes du film, l’atmosphère prometteuse s’est transformée en une suite de scènes décousues, laissant le spectateur désorienté et frustré. Le sentiment d’avoir raté quelque chose d’essentiel se lit sur les visages des cinéphiles, qui espéraient un thriller incisif mais se retrouvent face à un puzzle narratif qui ne s’assemble jamais.
Bad Lieutenant : Tokyo – un scénario bancal
Le film emprunte les grandes lignes de l’original de 1992, mais s’en éloigne rapidement pour raconter une intrigue centrée sur le yakuza, qui n’arrive jamais à décoller. Selon Variety, le projet est qualifié de "Complete Nonstarter" et l’approche "stop‑start sees numerous characters and subplots introduced before existing ones can be resolved". Cette description résume parfaitement le problème majeur du film : une multitude de personnages et de sous‑intrigues surgissent sans jamais être résolus, créant un effet de va-et-vient qui empêche toute immersion réelle. Le spectateur se retrouve à suivre des arcs narratifs qui s’interrompent brutalement, sans jamais offrir de conclusion satisfaisante.
En plus de ce désordre structurel, le film souffre d’un manque de profondeur psychologique. Le protagoniste, censé incarner la tension morale du lieutenant corrompu, reste une silhouette vague, incapable de transmettre la complexité qui faisait la force du personnage de Harvey Keitel. Le décor tokyoïte, pourtant riche en potentiel visuel, devient un simple décor de fond, sous‑exploité par une mise en scène qui privilégie le style au récit. Le résultat est un film qui, malgré des séquences visuellement impressionnantes, ne parvient pas à toucher le spectateur au cœur.
Takashi Miike, né en 1960 à Tokyo, est un réalisateur prolifique dont la filmographie oscille entre drames sociaux, thrillers violents et comédies satiriques. Il a débuté dans les années 1980 avec des courts métrages avant de s’imposer dans les années 1990 grâce à des films comme Audition (2000) et Ichi the Killer (2001). Sa réputation repose sur une capacité à repousser les limites du genre, souvent avec une violence graphique et une narration non conventionnelle. Sa vie personnelle reste discrète, mais il est reconnu pour son engagement envers la scène cinématographique japonaise et son influence sur de nombreux jeunes cinéastes.
Le casting de Bad Lieutenant : Tokyo regroupe plusieurs acteurs japonais de renom, bien que leurs noms précis ne soient pas mentionnés dans la critique. Le film se distingue également par sa bande‑son originale, qui combine des sons traditionnels japonais avec des beats électroniques modernes. Cette fusion sonore a été saluée par quelques critiques spécialisées comme un élément qui ajoute une couche d’immersion auditive, même si elle ne suffit pas à compenser les faiblesses narratives.



