Tracee Ellis Ross n'a pas fini de régler ses comptes avec la télévision américaine. Dans une récente interview, l'actrice de Black-ish a ravivé une vieille blessure : celle de n'avoir jamais été invitée au Tonight Show de Jay Leno, au sommet de sa gloire avec Girlfriends. Une absence qui, selon elle, sent la discrimination à plein nez. « Est-ce juste du racisme ? » s'interroge-t-elle, des décennies plus tard.

Pour comprendre l'ampleur de cette révélation, il faut rappeler qui est Tracee Ellis Ross. Née le 29 octobre 1972 à Los Angeles, elle est la fille de la légende de la soul Diana Ross et du manager de musique Robert Ellis Silberstein. Forte de ce pedigree artistique, elle s'est d'abord fait un nom dans le mannequinat avant de se tourner vers la comédie. Son rôle de Joan Clayton dans Girlfriends, diffusée de 2000 à 2008, a fait d'elle une figure incontournable de la télévision. La série, créée par Mara Brock Akil, suivait les aventures de quatre amies afro-américaines naviguant entre carrière, amour et amitié. Elle a été saluée pour sa représentation authentique de la vie des femmes noires, un sujet rarement abordé avec autant de finesse à l'époque.

Malgré ce succès, l'actrice a dû faire face à un plafond de verre. Dans son interview, elle a rappelé que des stars d'émissions moins populaires étaient invitées sur les plateaux des talk-shows de fin de soirée, tandis qu'elle et ses collègues étaient ignorées. « Je me souviens que des gens d'autres émissions, qui étaient moins populaires que la nôtre, passaient au Tonight Show », a-t-elle confié, visiblement encore marquée. Elle a ajouté : « Je me souviens d'avoir pensé : "Est-ce que c'est parce que je suis noire ?" » Une question qui a hanté sa carrière.

Le contraste était d'autant plus frappant que Girlfriends était un phénomène culturel. La série abordait des thèmes rarement traités à l'époque, comme les relations interraciales, la santé mentale ou encore la pression sociale sur les femmes. Son public était fidèle et la critique était élogieuse. Pourtant, les portes des plateaux de fin de soirée restaient closes. Tracee Ellis Ross n'a pas nommé d'autres émissions dans son interview, mais elle a insisté sur le fait que le succès de sa série ne suffisait pas à lui ouvrir ces portes. « C'est une question que je me suis posée à l'époque, et que je me pose encore », a-t-elle ajouté, soulignant que le problème n'était probablement pas la qualité du show.

Cette expérience n'est malheureusement pas isolée. De nombreuses personnalités noires d'Hollywood ont dénoncé, ces dernières années, le manque de diversité dans les talk-shows. Des acteurs comme Issa Rae, Lena Waithe ou encore Donald Glover ont tous évoqué des difficultés similaires pour obtenir une visibilité dans ces émissions. Le cas de Tracee Ellis Ross s'inscrit donc dans un schéma plus large de racisme systémique qui a longtemps prévalu dans l'industrie du divertissement américain.

Aujourd'hui, Tracee Ellis Ross est une figure respectée d'Hollywood, notamment grâce à son rôle dans Black-ish, qui lui a valu un Golden Globe. La série, diffusée de 2014 à 2022, a été un autre succès critique et public, abordant avec humour et intelligence les questions de race et de classe. Mais cette expérience l'a marquée à jamais. Dans son interview, elle n'a pas mâché ses mots, évoquant « une période frustrante ». Elle a expliqué que, malgré le succès de Girlfriends, elle se sentait invisible dans l'industrie. « Nous étions une émission à succès, mais nous n'étions pas invitées aux mêmes tables », a-t-elle déploré.

Les fans de la série ont immédiatement réagi sur les réseaux sociaux, partageant leur indignation et soutenant l'actrice. Beaucoup ont souligné que Girlfriends était une série précurseure, qui méritait une reconnaissance bien plus grande. Des hashtags comme #JusticeForGirlfriends ont même été lancés, prouvant que la série a laissé une empreinte indélébile dans le cœur des téléspectateurs. Jay Leno, de son côté, n'a pas encore répondu à ces accusations. Mais l'interview de Tracee Ellis Ross a relancé le débat sur la diversité dans les talk-shows américains, un sujet toujours brûlant.

Ce n'est pas la première fois que Tracee Ellis Ross évoque ces difficultés. L'actrice a souvent parlé de son expérience en tant que femme noire dans une industrie dominée par les blancs. En 2018, elle avait déjà déclaré dans une interview au Hollywood Reporter que la diversité était un « problème systémique » à Hollywood. Mais cette fois, elle a mis en lumière un aspect précis : l'absence des acteurs noirs des plateaux de fin de soirée, même quand ils sont dans des séries à succès. « Nous étions là, nous faisions notre travail, nous avions du succès, mais nous étions invisibles », a-t-elle insisté.

Son témoignage résonne d'autant plus que d'autres acteurs noirs ont récemment partagé des expériences similaires. Par exemple, l'actrice Yvette Nicole Brown, connue pour son rôle dans Community, a raconté sur Twitter qu'elle n'avait jamais été invitée à un grand talk-show malgré sa popularité. De même, le créateur de Girlfriends, Mara Brock Akil, a soutenu Tracee Ellis Ross dans un post Instagram, confirmant que la série n'a jamais reçu l'invitation tant attendue. La question du racisme systémique à Hollywood est plus que jamais d'actualité, et la prise de parole de Tracee Ellis Ross ajoute une pierre à l'édifice. Pour elle, il ne s'agit pas seulement de régler des comptes, mais de changer les choses pour les générations futures. « Je veux que ma nièce puisse grandir dans une industrie où elle n'aura pas à se poser cette question », a-t-elle confié.

En attendant, l'actrice continue de briller à l'écran et de porter des projets qui lui tiennent à cœur. Son prochain film, Cold Copy, sortira bientôt, et elle reste une voix importante dans le paysage télévisuel américain. Elle a également prêté sa voix à des projets d'animation et s'engage activement dans des causes caritatives, notamment en faveur des droits des femmes et de la communauté LGBTQ+. Mais cette interview restera dans les mémoires comme un moment de vérité, où une star a enfin dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.

Le débat est désormais lancé : les talk-shows américains ont-ils vraiment changé depuis les années 2000 ? Si des progrès ont été accomplis, l'affaire Tracee Ellis Ross montre que les blessures sont encore vives. Les chaînes et les producteurs devront répondre à ces accusations, et peut-être enfin ouvrir leurs portes à toutes les voix, sans distinction de couleur de peau. En attendant, les fans de Girlfriends peuvent se consoler en se disant que leur série préférée a marqué l'histoire de la télévision, bien plus que n'importe quelle invitation à un talk-show.